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Un de mes amis poivrots, revenu de tout et surtout revenu de lui-même, me racontait, l'autre jour, que dans les bars qu'il fréquente assidûment, court une expression bien savoureuse : "Na ma sutt !"
Traduction approximative : Qu'elle (comprenez la dive bouteille) me dépasse ! Lancée au barman comme un cri de guerre par le disciple de Bacchus impénitent faisant ainsi son entrée triomphale et théatrâle dans quelque méchant bistrot, "Na ma sutt!" est une formule polysémique. Au premier degré, c'est une injonction donnée au tenancier du tripot mal famé, de mettre sur le bar autant de bouteilles possibles et de vider les caisses de vins. Mais elle se veut aussi une invitation généreuse aux autres rats de bar patentés à se soûler gratis à volonté.
A voir le président Wade, pourtant quelqu'un de très sobre, persister, dans ses sorties à l'étranger, à nous dépeindre son fiston à piston comme le plus doué des 12 millions de Sénégalais que nous sommes, on a l'impression qu'il nous dit, à propos de Karim Wade: "Mo leen Sutt!"(Il vous dépasse tous !") Dans la culture sénégalaise, les parents veillent à ce que leurs rejetons ne soient pas victimes de catt, ce mauvais œil ou cette langue venimeuse du voisin envieux qui vous plombent un destin qui s'annonçait brillant. Le président de la République, esprit cartésien, semble n'avoir cure de ses sénégalaiseries. C'est son droit le plus absolu.
Mais qu'il nous permette de lui rappeler qu'il est de la dernière indécence de penser que son fils est un génie interplanétaire et que le reste des Sénégalais sont des manants ! Wade junior ? Un garçon tellement doué qu'à sa première tentative pour briguer une mairie de seconde zone, il s'est fait battre jusque dans son propre bureau de vote par un illustre inconnu. Un super crack au talent étincelant qui a réussi la prouesse indépassable de dilapider 700 millons de francs pour la réfection d'un simple bureau! Un cerveau admirable qui a construit le kilomètre de route le plus cher au monde ! N'en jetons plus !
Que cache cette obsession de Wade, victime d'une ivresse d'un genre particulier, celle du pouvoir, à répéter en boucle, contre l'évidence même, que son fils est le meilleur des Sénégalais ? Un psychanalyste aurait peut-être parlé d'auto-persuasion pour fuir une réalité moins glorieuse. Quant aux Grecs, qui mettaient déjà en garde leurs gouvernants contre l'hubris, cette démesure qui annihile la faculté de discernement et mène inéluctablement à la perte, ils auraient rappelé au père de Karim cette terrible sentence : "Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre".
Barka BA Coordonnateur du journal Kotch
Auteur: Barka BA
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